La synthèse d’une année de transition dans notre école secondaire

Une diminution de l’empreinte écologique de la communauté Jean-Eudes et le développement d’une compétence politique.

Le Collège Jean-Eudes est une école du quartier Rosemont à Montréal qui représente une communauté d’environ 5000 personnes, dont 1800 élèves et leur famille. En septembre dernier, notre virage vert prenait son envol avec une activité de calcul de l’empreinte écologique pour toutes les familles qui fréquentent l’établissement ainsi que pour tout le personnel. Bien que l’outil de calcul de Global Footprint Network fut quelque peu approximatif, notre but était de faire prendre conscience à tous et chacun que nos modes de vie excédaient les capacités de régénération de la Terre. De plus, ce projet permettait d’identifier les secteurs de consommation les plus gourmands en ressources et les plus impactant en matière de changements climatiques.


EXPLICATION DE LA DÉMARCHE

La collecte de donnée s’est échelonnée sur quatre semaines en septembre 2019 et a été supervisée par des enseignants au sein de leur cours. Voici les résultats du personnel du Collège ainsi que des élèves de 1re secondaire :

Moyenne des résultats du calcul d’empreinte écologique des membres du personnel du Collège Jean-Eudes (septembre 2019).

Moyenne des résultats du calcul d’empreinte écologique des élèves de 1re secondaire Collège Jean-Eudes (septembre 2019).

Pour connaitre les résultats des élèves des autres niveaux d’enseignement :

cliquez ici

Chaque mois qui a suivi ce calcul nous a servi à découvrir des moyens de réduire notre empreinte écologique par différentes thématiques et gestes d’écocivisme. La visée est de comprendre comment et pourquoi ces gestes ont un impact environnemental et de trouver un équilibre entre nos besoins personnels et une justice environnementale.


En octobre, nous avons d’abord attaqué l’alimentation puisque c’est le secteur le plus facile à changer pour nos adolescents et son impact est considérable dans la crise climatique. Par la suite, en novembre, nous nous sommes penchés sur la consommation et la façon de gérer nos déchets. Cela nous aura permis d’étendre les bacs de compost à grande échelle dans notre établissement.


Tout individu qui s’efforce de détourner ces déchets du site d’enfouissement finit par réfléchir sa vie en économie circulaire en ayant une réflexion sur le cycle de vie des choses qu’il consomme. Ce fut donc notre troisième thématique pour les mois de décembre et janvier. Les mois de février et mars ont permis de parler des transports aériens et des déplacements quotidiens. La pandémie aura écourté notre année de transition et empêché de déployer pleinement nos dernières thématiques, dont celle sur les solutions politiques à la crise environnementale.

Les thématiques des six premiers mois de notre démarche de transition.

La pandémie aura également eu raison de notre travail rigoureux de calcul puisqu’à la fin de l’année scolaire, nous devions repasser en classe le calculateur d’empreinte écologique et comparer nos données finales avec nos données initiales afin de juger si nous avions réussi à réduire notre empreinte. Malgré notre déception d’interrompre cette activité, nous nous consolons en sachant que les chiffres obtenus avec le calculateur ne sont pas d’une grande solidité. En effet, cet outil de calcul possède plusieurs failles si importantes qu’elles ont été facilement repérées et évoqué par nos élèves. (Bravo à leur esprit critique!) Voici un bref résumé de ce qui les a dérangés lors de leur calcul:


Premièrement, la base de données permettant le calcul de l’empreinte provient de l’Ontario et non du Québec. Donc, cela affecte le calcul de cycle de vie de tout ce que l’on consomme en incluant l’énergie.


Deuxièmement, le questionnaire comporte plusieurs imprécisions montrant qu’il sera difficile de tracer un portrait exact et rigoureux de notre empreinte écologique. Les élèves ont relevé, par exemple, qu’on ne parlait pas des animaux de compagnie, de la présence d’une piscine à la maison ou de la possession d’un chalet.


Troisièmement, le questionnaire n’est pas pleinement adapté aux jeunes qui sont les principaux répondants du questionnaire. Ils ont alors dû extrapoler, inventer, voir éviter des réponses à certaines questions.


Quatrièmement, le site web ne nous permet pas de regrouper les réponses des répondants. Il est donc difficile de créer une activité de groupe et de montrer des moyennes de résultats. Nous avons dû demander aux élèves de recopier les résultats sur une autre plateforme pour faire des regroupements et cette seule étape a amené plusieurs anomalies dans les réponses.


C’est dans cette perspective que nous avons rencontré le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charrette, en novembre dernier pour lui signifier le besoin criant d’un calculateur d’empreinte écologique québécois adapté à tous les groupes d’âge afin de pouvoir mettre de l’avant une activité crédible et clé en main pour faire une éducation relative à l’environnement et mieux saisir l’ampleur de la crise climatique. Nous nous sommes associés au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits (CIRAIG) qui sont en train de mettre au point une base de données québécoise qui permettrait de bâtir un calculateur plus adéquat pour les maisons d’enseignements et le grand public. Monsieur Charrette semblait très intéressé à inclure ce projet dans le plan vert du gouvernement, mais l’annonce n’aura jamais eu lieu, encore une fois en raison de la crise de la COVID-19.


De gauche à droite : Benoit Charrette (ministre de l’Environnement), Cécile Bulle (CIRAIG), David Rousseau (Collège Jean-Eudes), Laure Waridel (Le Pacte), Karel Mayrand (à ce moment, Fondation David Suzuki)

ANALYSE DES RÉSULTATS ET DÉVELOPPEMENTS D’UNE COMPÉTENCE POLITIQUE

En avril dernier, dans le cadre du Jour de la Terre, nous avons demandé à nos trois grands groupes, soient les élèves, leurs parents et notre personnel, de refaire le questionnaire du calculateur de la maison et simplement de nous dire s’ils avaient réussi à réduire leur empreinte écologique tout au long de l’année scolaire.

Les élèves (261 répondants sur 1800)


Les parents (77 répondants sur 1800)


Le personnel (34 répondants sur 100)


Au regard de ces graphiques, l'activité semble avoir très bien fonctionné, mais est-ce que ces résultats sont significatifs? Difficile à dire, mais il est sage de croire que ceux qui ne sont pas convaincus par l’exercice ou qui ont échoué à réduire leur empreinte n’ont simplement pas répondu au sondage. Comme le témoigne le taux de participation, c’est une mince tranche de la communauté Jean-Eudes qui a bien voulu répondre.


Cependant, est-ce que des résultats quantitatifs rigoureux sont vraiment nécessaires pour engendrer une réponse et un engagement de la part de notre communauté? Pas nécessairement, mais il serait préférable que les chiffres donnent confiance en la démarche.


L’exercice aura permis aux familles de découvrir une approche expérientielle et de se donner un point de départ pour une lutte aux changements climatiques. Il est important de préciser que nous ne voulons pas faire porter le fardeau de la crise climatique aux individus, mais de créer un éveil vers des solutions collectives. Il s’agit certainement pour plusieurs personnes de leur premier engagement politique puisque même si ces gestes de réduction semblent à priori individuels, ils sont en fait la première étape d’une démarche collective (Comeau 2010) qui pourrait les amener à devenir des écocitoyens.


Par ce projet, les élèves et leurs familles vont d’abord travailler sur un savoir-être en forgeant leur identité en comprenant leur rôle comme écocitoyen au sein de notre communauté. Nous aimerions que nos élèves soient formés avec un système de valeurs et une éthique compatible avec une justice environnementale.


Au fur et à mesure qu’ils tenteront de réduire leur empreinte écologique, les jeunes pourront se questionner et transformer leurs gestes et leur mode de vie au quotidien. Ils auront à mobiliser un savoir-faire. Ce savoir inclut des gestes simples d’écocivisme comme composter, réduire sa consommation de viandes, etc., mais également, des capacités cognitives développant la pensée critique. Le calculateur d’empreinte écologique fournit en ce moment une bonne aide pour cibler les comportements les plus faciles à transformer et qui auront le plus gros impact sur le climat. Pour être efficace, il faut, en quelque sorte, que l’on comprenne les mécanismes de la nature.


Par la suite, les élèves et leur famille déboucheront certainement sur des failles plus importantes de notre société et hors de leur contrôle. Toute personne qui tente de réduire son empreinte écologique de façon sérieuse se rebute à ce frustrant scénario. Ce sera le départ vers une compréhension plus systémique de la crise climatique et le développement d’un savoir-agir. Ces différents savoirs sont des composantes essentielles au développement d’une compétence politique (Sauvé 2013). Ainsi, nous prenons le pari que nos élèves et leur famille en arriveront à prendre position et à remettre en question certains fondements de notre société qui nuisent à une justice environnementale.


Est-ce que cette compétence politique a été développée par tous nos élèves? Certainement pas. L’un des facteurs les plus importants provient du milieu familial et, en écoutant leurs témoignages, l’engagement de nos élèves a été beaucoup plus facile lorsque leurs parents étaient déjà convaincus. Pour les autres élèves, cette invitation à participer à un projet collectif signifiant constitue, selon nous, l’une des meilleures façons d’obtenir l’engagement du plus grand nombre, comme le témoigne ce sondage auprès d’un groupe de 70 élèves :

Niveau de satisfaction de soixante-dix élèves de quatrième secondaire par rapport à l’activité de calcul de l’empreinte écologique.

L’exercice n’a pas été facile puisqu’il s’agit d’une grande diète où l’on revoit nos libertés personnelles au profit du bien collectif. Nous pensons que c’est ce qui explique que la satisfaction sur l’activité glisse vers un 8 sur 10. Par contre, les témoignages que nous avons pu recueillir avant la pandémie démontraient beaucoup de fierté de leur part. Une grande quantité de nos élèves arrivaient à verbaliser que notre société avait besoin de changements profonds puisque leur génération est en train de subir une grande injustice liée au climat. Ils arrivaient à comprendre les limites de ce qu'ils pouvaient faire individuellement sur un problème qui est systémique notamment en parlant de la gestion des déchets et du secteur industriel. Les apprenants soulèvent également un partage inéquitable des communs. Les communs sont en fait ce qui appartient à la fois à tout le monde et à personne tels que l’air, l’eau, les forêts, etc. Ce regard critique et cette prise de position sur la société sont les finalités d’une année d’expérience avec notre communauté.

CONCLUSION

Pour la suite des choses, plusieurs questions demeurent. Allons-nous refaire cette activité tous les ans avec l’ensemble des élèves? Au dire de leurs enseignants, cela risque d’être redondant et leur engagement pourrait chuter. Nous pensons que le calcul officiel de l’empreinte écologique pourrait être fait aux deux ans. De cette manière, nous pourrons nous assurer que les jeunes et leur famille aient pu vivre cette activité pédagogique une fois au 1er cycle et une fois au 2e cycle. D’ailleurs, les objectifs de réduction auraient la chance d’évoluer et de se complexifier durant le parcours d’un élève au secondaire. Les valeurs environnementales d’un savoir-être méritent d’être transmises très tôt tandis que le développement d’un savoir-agir, étant plus complexe par son interdisciplinarité, pourrait se retrouver au 2e cycle.


Il ne faudrait surtout pas oublier de mentionner que cette activité a mobilisé l’ensemble du corps professoral de l’école et que ce sont eux les meilleurs vecteurs pour former nos écocitoyens. Une école ne peut pas transmettre des valeurs à ses élèves si les enseignants n’y adhèrent pas. Le travail de développement d’un savoir-être, d’un savoir-faire et d’un savoir-agir doit donc passer par la formation des enseignants et la création d’une communauté d’enseignement. Cette communauté pourra ainsi travailler à l’élaboration d’une progression des apprentissages écocitoyens et au développement de compétences éthique, critique et politique. Ce travail interdisciplinaire et même transdisciplinaire sera notre priorité pour l’année 2020-2021.


En terminant sur notre calculateur, puisque les résultats sur le réchauffement climatique sont absolument impossibles à observer, cela définit l’impératif besoin d’un outil de calcul comme celui de Global Foot Print Network pour épauler notre travail. Les efforts des jeunes doivent absolument recevoir une rétroaction et si celle-ci est quantifiable, c’est encore mieux. Tous ceux qui pratiquent un sport, jouent d’un instrument de musique ou tentent d’apprendre une nouvelle langue savent bien que leur motivation s’appuie sur un résultat. C’est la même chose pour un citoyen en transition écologique. D’ailleurs, depuis quelques années, nous voyons une multitude d’applications prendre forme pour aider les gens à s’engager et à persévérer dans leurs tâches par une démonstration explicite de leur propre progression. Certaines de ces applications utilisent même un système de récompense pour motiver ses utilisateurs. Pensons aux applications comme fitbit pour le sport, Yousician, pour la musique ou encore Duolingo, pour apprendre une nouvelle langue. L’univers des jeux vidéo connait bien cette tactique alors que des jeux en ligne comme Fortnite sont totalement basés sur ce système de progression et de récompenses dont notre cerveau raffole (Carpentier 2018). Des investissements et un leadership en ce sens sont absolument nécessaires.


Bibliographie

Carpentier, A. (2018). Fortnite : le jeu à succès qui couronne les neurosciences. Dans Science&vie. Récupéré de :

https://www.science-et-vie.com/cerveau-et-intelligence/fortnite-le-jeu-a-succes-qui-couronne-les-neurosciences-42271

Comeau, Y. (2010). L’intervention collective en environnement. Québec : Presses de l’Université du Québec. Récupéré de :

https://extranet.puq.ca/media/produits/documents/1873_9782760525740.pdf

Sauvé, L. (2013). Au cœur des questions socio-écologiques : des savoirs à construire, des compétences à développer. Éducation relative à l’environnement : regards - recherches -réflexions. Récupéré de :

http://www.revue-ere.uqam.ca/PDF/volume11/11-1.pdf

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